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February 21, 2005
Bush and Chirac prefer Syria
On the very day in which both Presidents were expected to meet Le Monde, the French Daily published a long, and useful article summarizing the history of the relationships between George Bush and Jacques Chirac.
French have tried to mend fences for a while. The White House has more recently decided that in order to improve the relationship with Europe, it needed to make a gesture towards Chirac.
By temperament both men could find common ground, but the French President has to learn not to constantly remind his counterpart that he has been in politics for 50 years. The “been there, done that” approach is not the best way to please the confident most powerful man in the world.
Bush and Chirac are not coming together out of love, but obviously out of reason. The best advice given to them was not to talk about Iraq.
From the result of their meeting it appears they get along much better when dealing with Lebanon, and Syria.
Bush, Chirac sourire de rigueur
LE MONDE | 21.02.05 | 15h08
D'Abidjan à Bagdad en passant par Paris, les dessous de la nouvelle donne franco-américaine.
Juin 2004 : à la veille du soixantième l'anniversaire du débarquement allié en Normandie, George W. Bush, qui dit apprécier qu'on lui parle franchement comme le fait Jacques Chirac, promet d'inviter son homologue français à "venir voir les vaches" dans son ranch de Crawford (Texas). Aujourd'hui, si George Bush n'a pas encore mis à exécution sa promesse de présenter les vaches américaines au président français, leur rencontre de Bruxelles, lundi 21 février, semble ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre les deux hommes.
Certes, il y a déjà eu, depuis l'intervention en Irak au printemps 2003, des poignées de main et des sourires en public et on a toujours affirmé, de part et d'autre, que les désaccords d'un moment n'entamaient en rien "l'amitié séculaire entre les deux pays". Les retrouvailles de Bruxelles suscitent ainsi un certain sentiment de "déjà vu", teinté de scepticisme.
C'est que l'on ne passe pas aussi aisément de l'incitation au "french-bashing" (le dénigrement antifrançais, en vogue ces dernières années aux Etats-Unis) à la familiarité affichée avec celui qui fut parfois considéré, à la Maison Blanche, comme un traître, en tout cas comme le plus gênant des alliés européens. Il y faut quelques préalables. Le principal ? La décision prise à Washington de changer de politique envers l'Europe. Cela passe par un réchauffement avec Paris, à la faveur du réexamen général qui a eu lieu à Washington au début du second mandat présidentiel. Le dîner de Bruxelles, lundi 21 février, devrait donc être, cette fois pour de bon, la première page du "nouveau chapitre" franco-américain.
La cordialité enveloppante de Jacques Chirac est tout à fait capable de surmonter les désaccords du moment et de s'abattre sur le président américain. Si les plaisanteries un peu lourdes de celui-ci font moyennement rire à l'Elysée, Jacques Chirac montre qu'il ne déteste pas le côté texan de son homologue. "La relation Bush-Chirac n'est pas si mauvaise, confirme un conseiller de la Maison Blanche. Ils ont tous les deux le contact facile. Mais dès qu'ils parlaient de l'Irak, ça tournait à la catastrophe."
Du côté américain, on espérait que le président français saurait trouver le ton adéquat. "Chirac a un côté "je connais le dossier, cela fait cinquante ans que je fais ce métier" qui est agaçant, confie un responsable américain. Il faut trouver moyen de faire comprendre ça à Bush sans avoir l'air de le lui dire." Le changement de disposition de l'un envers l'autre est beaucoup plus le fait de Washington que celui de Paris. Car il y a longtemps que la France cherche à renouer une coopération utile avec Washington et elle y est d'ailleurs parvenue, de façon sectorielle, sur de nombreux dossiers d'intérêt commun.
Reste à évacuer de la relation, sinon la méfiance, du moins la défiance, à la purger des séquelles revanchistes, à éviter les escarmouches à propos de l'Irak. L'important effort consenti par la France au sujet de la dette irakienne est aujourd'hui reconnu par les Américains, qui ont cessé de lui réclamer un engagement militaire. Les élections du 30 janvier en Irak, même si elles n'ont pas marqué la fin de l'histoire, ont aidé à "remettre le compteur à zéro" sur ce sujet-là, note un diplomate français
Ce qui a évolué, ce ne sont pas les convictions politiques des deux présidents, leurs conceptions antagoniques des relations internationales. "Sur le fond, la politique n'a pas changé, confirme un responsable français, ce sont les circonstances qui ont changé." George Bush a été réélu, en novembre 2004, pour quatre ans. Sa politique a été largement validée par ses concitoyens, et il y croit. Il n'y a donc pas de raison qu'il en change et il faudra bien faire avec. Mais il ne lui donne plus le tour guerrier qu'elle avait pris lors du premier mandat. Il entend la mener par d'autres moyens, notamment, si l'on en juge par ses déclarations récentes, par la concertation avec l'Union européenne.
Ce qui a changé, c'est aussi la situation au Proche-Orient depuis la mort de Yasser Arafat, le 11 novembre 2004, et la nécessité d'un consensus euro-américain (car, entre Européens, il existe) pour faire fructifier les perspectives ainsi ouvertes. "Dans la relation franco-américaine, le cercle rouge, c'est le Proche-Orient, assure un diplomate français, c'est le baromètre, ce qui fait basculer dans un sens ou dans l'autre."
Parallèlement, l'affaire iranienne est devenue un sujet grandissant de préoccupation commune. Les Européens tentent d'obtenir, par les voies de la diplomatie, un renoncement de Téhéran à l'arme nucléaire. George Bush a répété qu'il "encourage" cette démarche des Européens, mais il ne s'y est pas associé. Selon un expert français, cette distance, maintenue par les Etats-Unis pour sous-entendre qu'ils ne s'interdisent pas de recourir à d'autres moyens contre Téhéran, "est surtout publicitaire". La démarche européenne, selon lui, rend service aux Américains, dans la mesure où, pour l'instant, ils n'ont pas de stratégie de rechange, en tout cas "pas d'option militaire sur l'Iran". Selon d'autres experts, George Bush attendrait de ses rencontres avec les Européens qu'ils se disent disposés à porter le sujet au Conseil de sécurité en vue de sanctions contre l'Iran, et la France aurait fait savoir qu'elle y était prête.
Sur ces sujets, Paris ne joue pas une partition différente de celle des autres Européens. En outre, la France a pris seule, ces dernières années, diverses initiatives pour lesquelles elle a sollicité et obtenu l'appui des Etats-Unis et qui prouvent que tout n'était pas brisé dans cette relation bilatérale, même aux pires moments. Il y eut l'affaire haïtienne, en avril 2004, une opération expédiée en moins de deux semaines pour forcer au départ le président Aristide.
Ce "coup" a été monté conjointement par le ministre français des affaires étrangères, Dominique de Villepin, et son homologue américain, Colin Powell, à l'initiative du premier. Mais, un mois plus tard, M. de Villepin quittait le quai d'Orsay pour le ministère de l'intérieur. A-t-il fait les frais d'une volonté d'apaisement qui déjà existait à Paris, bien qu'en étant partisan ? Aux Etats-Unis, il avait rang de vedette mais, hormis au secrétariat d'Etat, plutôt en tant qu'ennemi numéro un. Côté français, on dément que son départ ait obéi à une exigence américaine, mais "c'est peut-être la conclusion que nous en avons tirée tout seuls", dit un responsable français.
La crise ivoirienne, en novembre 2004, est l'un des autres terrains où la France a trouvé l'appui américain. Sur place, l'ambassadeur des Etats Unis à Abidjan a toujours refusé de se prêter au jeu que tentaient de lui faire jouer les partisans du président ivoirien Laurent Gbagbo sur le thème de "vive l'Amérique, à bas la France".
A l'ONU, la France attendra, il est vrai, pendant des mois, une décision du Conseil de sécurité pour l'envoi de Casques bleus en Côte d'Ivoire, ce que certains interpréteront comme une forme de revanchisme de Washington. Les Français jurent, à l'inverse, qu'il ne s'agissait que de problèmes budgétaires au Congrès et font valoir que le soutien américain à la politique française en Côte d'Ivoire a été à plusieurs reprises clairement réitéré.
La coopération franco-américaine s'est développée dans d'autres domaines : la lutte contre le terrorisme ; l'opération menée conjointement en Afghanistan ; ou, encore, l'action entreprise de concert au Conseil de sécurité à propos du Liban et qu'a relancé dernièrement l'assassinat de Rafic Hariri, l'homme d'affaire et ancien premier ministre libanais, tué à Beyrouth le 14 février. "Cela remonte à deux ans, à la déception qu'a été pour nous Bachar El-Assad -le président syrien-", explique un responsable français. C'est en juin 2004, a précisé George Bush, que Jacques Chirac évoque avec lui l'idée d'une résolution de l'ONU pour demander le départ des troupes syriennes du Liban. Les Américains, eux, cherchaient depuis des mois à mobiliser le Conseil de sécurité contre la Syrie, moins pour défendre le processus politique au Liban qu'en raison du soutien de Damas au Hezbollah (mouvement chiite pro-syrien) et de son manque de zèle contre l'insurrection irakienne. Les intérêts différents des deux pays se croisent et la résolution 1559, demandant le retrait des troupes syriennes, est adoptée en septembre 2004. George Bush est alors en pleine période électorale. De part et d'autre, on observe une sorte de pacte de non-agression, en attendant les résultats.
Depuis le début 2004, Paris réfléchit à un "recadrage" de sa politique en direction de Washington, qui puisse servir en cas de victoire ou de défaite de Bush à la présidentielle. Premier temps fort : l'anniversaire du Débarquement en juin. Jacques Chirac organise une mise en scène solennelle en Normandie, en hommage à l'acte fondateur de l'Alliance atlantique. Ce n'est pas sans arrière-pensée : s'il apparaît que quelqu'un a "trahi", ce sera Bush. C'est bien ce que pense le public français, mais pas les Américains, auxquels George Bush destine la plupart de ses propos au cours de la conférence de presse qu'il donne avec Jacques Chirac à l'Elysée. Le président américain ne songe qu'au rendez-vous avec ses électeurs, cinq mois plus tard.
En dépit de la volonté française de recentrage sur les "fondamentaux" de l'Alliance, l'Irak continue d'empoisonner l'atmosphère. Les revers américains dans ce pays ont, à ce moment-là, l'allure d'une catastrophe, aggravée par le scandale des tortures infligées par des soldats américains à des détenus irakiens, une affaire révélée par la presse américaine en mai 2004. Les Français s'obligent à ne pas faire remarquer qu'ils avaient raison dès le début, mais ils persistent à penser - et à dire - que la seule chance de sortir du chaos passe par le retrait des forces étrangères. En juin 2004, lors du sommet du G8 de Sea Island (Etats-Unis), puis à celui de l'OTAN, à Istanbul, le président français apparaît, une fois encore, comme le détracteur quasi systématique de son homologue américain.
Pourtant, le 20 août, le conseiller diplomatique de Jacques Chirac, Maurice Gourdault-Montagne, rencontre Condoleezza Rice à Washington. "Nous avions analysé très tôt la situation, nous voulions envoyer un signal", commente un haut fonctionnaire. Le candidat démocrate John Kerry a refait son retard dans les sondages, mais les Français tiennent à faire savoir que, contrairement aux apparences, ils ne misent pas tout sur une victoire démocrate. Un autre temps fort de la stratégie française sera le discours prononcé par Jacques Chirac devant l'Institut d'études stratégiques (IISS) de Londres, en novembre, dans lequel le président énoncera sa doctrine en faisant une large part à un renforcement de l'Alliance atlantique.
Tout cela, à divers titres, a préparé la rencontre du 21 février à Bruxelles. Les responsables français veulent croire à la détente mais ils sont circonspects. Par moments, en effet, la crise a été sévère. Au point que certains Américains, estimant qu'elle allait trop loin, tentèrent d'intercéder, comme le sénateur démocrate Joseph Biden, qui a ses entrées à l'Elysée et à la Maison Blanche. Le Nouvel Observateur du 17 février a rapporté sa tentative de médiation, en décembre 2003, et le malentendu auquel elle avait donné lieu, le sénateur ayant cru comprendre que M. Chirac n'était "pas opposé à une mission militaire de l'OTAN en Irak".
Peu après, le Pentagone excluait des contrats pour la reconstruction de l'Irak les entreprises des pays n'ayant pas participé à la coalition. Effet de cette mesure ou pas, le président français, pendant des mois, s'est bagarré contre toute implantation de l'OTAN en Irak et, plus généralement, dans ce que les Américains appellent le "Grand Moyen-Orient".
Après le 2 novembre 2004, Chirac envoie une lettre de félicitations à George Bush, mais ne trouve pas le temps de lui téléphoner. Le 6 novembre, la Maison Blanche s'impatiente. Dan Fried, le conseiller pour l'Europe, appelle Jean David Levitte, l'ambassadeur de France à Washington. "Le président Bush souhaite appeler votre président." Avec un art consommé de la diplomatie, l'ambassadeur répond : "On vient de m'appeler de l'Elysée pour la même chose." Fin de la période acrimonieuse. Le 1er février, George Bush prend son téléphone pour commenter, avec M. Chirac, les élections de la veille en Irak. Le dîner à Bruxelles est annoncé quelques jours plus tard.
Corinne Lesnes et Claire Tréan
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 22.02.05
Posted February 21, 2005 10:11 PM
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