April 09, 2004

French right oppose's Turkey's candidacy

In France, the President's party has decided to publicly oppose Turkey's candidacy to the EU. The official position, which is that of the Union, is a "technical" one: if Turkey complies with the crtieria applied to all the others by the end of 2004, negotiations will start.

The French right is now saying that Europe needs to fix its "limits" and that accepting Turkey would "change its nature." Valery Giscard d'Estain, an ex-president who recently headed the process for drafting a constitution has the same position. It is a point of agreement with the extreme right and they want to make it an issue during the coming European election. It goes along the lines of those who in several European countires (Germany and Denmark, among others) insist on the "Christian" nature of Europe.

Some people on the left (Balibar among them) think that the richness of Europe comes from its inherent and historical diversity, but opposing Turkey's entry plays with powerful racist feelings that can be found accross the political spectrum. The issue is essential for the evolution of the EU, for the definition of Europe's identity, and for its relations with the Muslim world.

Le Monde

La droite française remet en question un engagement historique de l'Europe vis-à-vis de la Turquie

LE MONDE | 09.04.04 | 14h34

L'UMP entre en opposition avec le président de la République sur la candidature d'Ankara à l'Union. La "vocation européenne" de la Turquie avait été reconnue par de Gaulle en 1963
Le ministre des affaires étrangères français, Michel Barnier, a dû faire une mise au point, jeudi 8 avril, à propos des relations de la Turquie avec l'Union européenne : "La ligne de la France reste la même", a-t-il dit, après qu'Alain Juppé eut pris, la veille, le contre-pied de la politique officielle française en contestant, au nom de l'UMP, la vocation européenne de ce pays. A l'Elysée, on appuyait, jeudi, les déclarations de M. Barnier, en confirmant que la position de la France n'avait pas changé, et restait "celle que le président n'a cessé de répéter ces dernières années".

Le parti de la majorité est donc entré en opposition avec le président de la République et le gouvernement, sur une question qui promet de devenir l'un des sujets sensibles du débat préélectoral. Même si l'on fait valoir, à l'Elysée, que "chacun est dans son rôle" et qu'il ne s'agit là que du "jeu démocratique" normal, il est peu probable que les électeurs s'y retrouvent.

On sentait à vrai dire depuis quelque temps que la question turque posait quelques problèmes à la droite française. La perspective d'une adhésion, même lointaine, de la Turquie à l'ensemble européen est en effet contestée dans son principe sur deux fronts : par les droites extrémistes et souverainistes, décidées à en faire un de leurs thèmes de mobilisation pour les élections européennes, mais aussi par des milieux proeuropéens, notamment à l'UDF. Des hommes comme Valéry Giscard d'Estaing ou Jean-Louis Bourlanges se sont affichés comme farouchement opposés à l'entrée de la Turquie dans l'Union.

En estimant, mercredi, qu'il faut fixer des limites à l'Union sous peine de la "dénaturer" et que la Turquie ne doit pas être dedans, Alain Juppé reprend les arguments de ces derniers. Il a reconnu qu'il avait "évolué" sur le sujet, et c'est peu dire.

M. Juppé, lorsqu'il était minis- tre des affaires étrangères, avait en effet activement défendu une vision stratégique des relations avec la Turquie : sa démocratisation, le rapprochement de ce grand pays musulman avec l'Europe pouvaient avoir un effet stabilisateur dans la région, et l'Europe avait tout à y gagner. Alain Juppé a été l'artisan de l'accord d'union douanière de 1995, qui faisait de la Turquie le pays non membre le plus étroitement associé à l'Europe. Il eut à le défendre contre la Grèce, contre une partie des députés européens, contre les socialistes français qui s'enflammaient soudain de compassion pour les Kurdes maltraités.

Ce n'était certes qu'un accord d'union douanière. Mais dès lors, et depuis l'arrivée de Jacques Chirac à l'Elysée, la France est considérée par les Turcs tournés vers l'Europe comme leur meilleur soutien dans l'Union. Cette idylle n'a connu que quelques incidents de parcours sans lendemain, quand les parlementaires français s'emparaient de la question du génocide arménien.

A de multiples reprises ces dernières années, Jacques Chirac a rappelé sa position invariable, la dernière fois avec peut-être un peu plus de prudence, lors du Conseil européen du 26 mars : "Les efforts de la Turquie en vue d'intégrer toutes les règles de la démocratie et de l'économie de marché sont indiscutables, a dit le président. C'est le rapport de la Commission -attendu pour octobre- qui nous permettra de décider s'il y a lieu ou non d'engager des négociations, qui seront longues, pour son adhésion."

La question qui est posée est donc de savoir si les changements introduits par la Turquie dans sa législation sont suffisants pour satisfaire aux normes européennes, et s'ils sont effectivement mis en œuvre dans la pratique. Pour les autorités françaises, c'est une question "technique". Aucune question de principe ne se pose en revanche sur la "vocation européenne" de la Turquie, sur sa légitimité à intégrer à terme, même si c'est dans longtemps, l'ensemble européen.

C'est sur ce point qu'Alain Juppé a rompu, mercredi, avec la position officielle.

Le débat sur la Turquie n'est pas propre à la France. Le chancelier Kohl avait en son temps mis les pieds dans le plat en faisant référence à l'héritage chrétien de l'Europe ; l'Union chrétienne-démocrate (CDU) lui emboîte le pas aujourd'hui, de même que d'autres démocrates-chrétiens et diverses extrêmes droites européennes, notamment au Danemark. Mais la position officielle de la France ne lui est pas propre non plus : c'est la position officielle de l'Union.

Ce qui fait la particularité de la Turquie dans le débat sur "les limites de l'Europe" c'est, plus que sa petite partie de territoire située en Europe continentale, l'engagement historique qu'avaient pris envers elle de Gaulle et Adenauer en 1963, impulsant un accord d'association qui proclamait la "vocation européenne" de ce pays. Pendant de longues années, l'évolution politique tourmentée de la Turquie a épargné aux Européens d'avoir à se préoccuper de cette promesse ; la Turquie n'était pas même reconnue comme pays candidat.

C'est en 1999, au sommet d'Helsinki qui trace les grandes lignes de l'élargissement jusqu'en 2005, qu'Ankara se voit reconnaître le statut de candidat. Le texte d'Helsinki est sans ambiguïté sur le fond : "La Turquie, dit ce texte, est un pays candidat, qui a vocation à rejoindre l'Union" quand il aura rempli les critères de conformité définis en 1993 à Copenhague. En 2002, lors d'un autre sommet à Copenhague, les Quinze font un grand pas de plus vers Ankara. Si la Turquie répond aux critères fin 2004 (ce sera l'objet du rapport de la Commission en octobre), "l'Union ouvrira avec elle des négociations d'adhésion", déclare le sommet dans ses conclusions.

Claire Tréan

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.04.04

Posted by Francis Pisani at April 9, 2004 08:38 AM
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