March 09, 2004

Brain drain

Just to complete our overview of the French crisis and protests about the lack of resources for the research, her is an article that - once more - describes the well known brain drain's’ problem.
In view of our trip, I was wandering if this could be another useful link to Rujin’s story.
The phenomenon is another interesting key to look at the relationship and exchange between EU and the US (note that the research crisis is not confined to French borders, it is a neverending issue in Italy, and one of the main common problems throughout Europe).

Le Monde - Un cerveau en fuite... temporaire

Le Monde, 3/10/04 "Un cerveau en fuite... temporaire"
Directeur de recherche à l'Inserm, j'y dirige depuis 1996 l'unité de recherche 446 consacrée à la cardiologie cellulaire et moléculaire et installée dans les locaux de l'université Paris-Sud (Châtenay-Malabry, Hauts-de-Seine). Mais c'est des Etats-Unis, où je séjourne depuis huit mois, que je vous écris. Je suis un cerveau en fuite... temporaire. Je profite d'un séjour sabbatique d'un an à l'université Emory d'Atlanta (Georgie) pour renouer avec les joies de la recherche, loin des impératifs matériels et administratifs qui sont le lot quotidien d'un directeur d'unité.

Dans cette université Coca-Cola, où l'argent coule à flots - plus de 300 millions de dollars de financement public du NIH (l'équivalent américain de l'Inserm) pour cette seule université cette année, soit près de la moitié du budget de l'Inserm ! -, je redécouvre qu'on peut faire de la recherche sans se préoccuper constamment de ce qu'elle coûte. Mais la perspective de mon prochain retour en France, dans un climat délétère et peu propice à la découverte scientifique, fait poindre à l'horizon une sourde inquiétude.

Et pourtant j'ai toutes les raisons d'être heureux, au regard de la situation de nombreux collègues directeurs d'unité ou responsables d'équipe. Notre unité fait sans doute partie des laboratoires les mieux dotés en France, aussi bien en postes qu'en moyens financiers. Trois jeunes chercheurs et une enseignante-chercheuse, âgés de 31 à 33 ans, ont été recrutés sur concours nationaux à l'Inserm, au CNRS et à l'université Paris-Sud, et ont rejoint notre unité au cours des cinq dernières années. Un budget de fonctionnement de 200 000 euros a été attribué par l'Inserm à notre unité cette année. Pour une unité de 30 personnes (12 chercheurs et enseignants-chercheurs, 6 personnels techniques, 12 étudiants et postdoctorants), cela représente 2 à 3 fois le budget d'un laboratoire CNRS et 5 à 10 fois celui d'un laboratoire universitaire de taille équivalente. Alors, me direz-vous, où est mon problème ?

Mon problème, c'est que je n'aurais jamais dû venir aux Etats-Unis ! Ici, 200 000 euros, c'est le budget de fonctionnement d'une équipe de 10 personnes dans ma discipline. Ramené par équivalent temps plein (ETP)-chercheur (une notion très usitée à l'Inserm qui permet de distinguer le chercheur Inserm, CNRS ou postdoctorant consacrant 100 % de son temps à la recherche de l'enseignant-chercheur ou de l'étudiant en DEA qui n'y consacre que 50 à 70 %, et du technicien ou ingénieur qui compte pour du beurre...), le budget de notre unité Inserm est d'environ 12 000 euros par ETP.

Avec cette somme, le chercheur doit couvrir les dépenses de consommables nécessaires à ses expériences, la maintenance et le renouvellement des équipements qu'il utilise, ses frais de participation à des congrès, ses frais de publication et l'achat de nouveaux appareillages pour monter de nouveaux projets. Lorsqu'on sait que le moindre équipement de laboratoire coûte entre 5 000 et 10 000 euros, on se demande comment on peut encore lancer de nouveaux projets de recherche dans nos laboratoires ! Et - je le rappelle - nous faisons partie des plus riches laboratoires en France...

Alors que des voix s'élèvent pour dénoncer l'inefficacité du système français de fonctionnariat des chercheurs en le comparant à l'efficacité du système américain reposant sur un principe de précarité d'emploi, on devrait au contraire reconnaître le grand mérite du chercheur français de ne pas faire au final si mauvaise figure dans la compétition internationale, compte tenu des moyens dont il dispose. Avec un budget public en recherche médicale 20 fois plus faible qu'aux Etats-Unis, alors que la population et le PIB de la France ne sont que 5 fois plus bas que ceux des Etats-Unis, la part de la recherche française parmi les publications scientifiques mondiales est d'environ 6 %, alors que celle des Etats-unis est de 30 %. On voit que le chercheur français fait preuve d'ingéniosité, et que chaque centime qu'il dépense est mieux dépensé et plus rentable en France qu'ici. Imaginez un peu ce qu'il pourrait faire si son budget de fonctionnement venait à doubler ou à tripler !

Autre différence majeure avec les Etats-Unis : l'aide apportée aux jeunes chercheurs. Ici, un jeune chercheur nouvellement recruté reçoit de sa structure d'accueil une dotation d'installation qui se monte au minimum à 250 000 dollars ! Cette dotation est de 400 000 dollars dans le département où je travaille, et certaines universités vont jusqu'à offrir 1 million de dollars au candidat retenu ! Et je ne vous parle pas des salaires... Dans notre unité Inserm, aucun des chercheurs récemment recrutés (et ils sont pourtant recrutés "à vie") n'a obtenu de crédits d'installation, que ce soit de l'Inserm, du CNRS ou de l'Université.

Difficile de rester productif et compétitif lorsque, à peine recruté, on doit passer tout son temps et son énergie à quémander des bouts de financement à gauche et à droite pour monter le projet pour lequel on a obtenu le poste. On est vite tenté d'abandonner les projets ambitieux et de choisir des projets moins originaux, mais réalisables avec les moyens déjà disponibles au laboratoire...

Cette lente asphyxie des laboratoires de recherche a un coût induit colossal, qui est, paradoxalement, passé sous silence. Tout d'abord en termes d'efficacité et d'énergie dépensée stérilement en tracasseries administratives, dans la course aux financements, de temps perdu à travailler avec des bouts de ficelle. Mais surtout en termes financiers, car on stérilise ainsi 80 % du potentiel de recherche que représentent les salaires (bien bas cependant !) des personnels de la recherche en leur refusant les moyens de travailler. De plus, le coût de la formation des jeunes chercheurs dans les universités françaises (environ 9 500 euros par an en moyenne), dont l'excellence est reconnue partout dans le monde, est mis au service des universités américaines, qui se félicitent de drainer chez elles la force de travail et le talent de nos jeunes diplômés. Quatre-vingts pour cent des postdoctorants aux Etats-Unis, les forces vives de la recherche, sont étrangers. A Atlanta, pour la seule université Emory, j'ai recensé 23 postdoctorants français... Combien de postdoctorants américains dans une université de taille comparable en France ?

Mais, plus grave encore, on organise la fuite des cerveaux français en ne donnant aucun espoir de retour aux jeunes chercheurs. Cette année, il y a 20 candidats par poste dans certaines disciplines au CNRS ! Quel choix leur reste-il ? Rester aux Etats-Unis ou ailleurs en attendant des jours meilleurs ?

Nous autres, directeurs de laboratoire, responsables d'équipe, avons une responsabilité à leur égard, car nous les avons formés. Ils comptent sur nous et n'ont que ce recours pour espérer pouvoir faire ce métier difficile pour lequel ils ont sacrifié souvent leur vie de famille, et leur jeunesse en France. Les pousser à la désespérance est un bien mauvais calcul dont notre pays risque de se remettre très difficilement. C'est pour eux, avant tout, que nous sommes si nombreux à avoir signé la pétition "Sauvons la recherche" et que nous menaçons de démissionner le 9 mars de nos fonctions de directeur d'unité et responsable d'équipe.

Rodolphe Fischmeister est directeur de recherche à l'inserm, directeur de l'u 446.

Posted by Diana Ferrero at March 9, 2004 12:34 PM
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