February 17, 2004

A new European "directory"?

An important summit Blair, Chirac, Schröder, will take place tomorrow in Berlin. Several European countries, Italy, Spain and Poland among them, are upset by the emergence of this new "directory."

After explaining the progresses made in the building of a common defense, this article taken from Le Monde sees the addition of the UK to the Franco-Germen duo as a way to appease some tensions. Their influence could be huge in many fields: commision, constitution, enlargement, etc.

It would be useful to look at how the summit is covered in different capitals and report it on the blog. Many of the issues at stake in Europe today should come up during the discussion, and in the coverage they get.

Le Monde - Un "directoire" européen à trois va s'ébaucher à Berlin

Un "directoire" européen à trois va s'ébaucher à Berlin

LE MONDE | 17.02.04 | 13h22 • MIS A JOUR LE 17.02.04 | 16h20
A quelques semaines de l'élargissement de l'Union européenne, trois de ses principaux dirigeants se réunissent à Berlin, mercredi 18 février, suscitant la rancœur de certains de leurs partenaires, inquiets de voir se mettre en place une gestion par Paris, Berlin et Londres. Officiellement rejetée par les intéressés, l'expression "directoire" ne les fait cependant pas hurler d'indignation. Refusant de limiter l'Europe à un espace de paix intérieure, les dirigeants français, allemand et britannique devraient envisager les moyens de relancer les réformes, la croissance et la politique industrielle. Ils pourraient aussi décider de réformer la Commission de Bruxelles.
A peine un an après la fameuse lettre des Huit sur l'Irak, initiée par la Grande-Bretagne et l'Espagne, qui scellait la césure entre une Europe pro-atlantiste et une Europe franco-allemande récusant la politique américaine, Tony Blair se retrouve avec le président Jacques Chirac et le chancelier Schröder, mercredi 18 février à Berlin, pour une rencontre tripartite. A deux mois de l'élargissement de l'Union, alors que la question du fonctionnement de l'Europe à 25 est loin d'être résolue, les autres Européens s'interrogent sur l'objet de cette réunion à trois, présentée comme une concertation en vue du sommet européen qui sera consacré fin mars à l'évolution économique de l'Union.

Malgré les apaisements prodigués par Tony Blair, jeudi, lors de la rencontre préparatoire qu'il a eue avec le chancelier allemand à Berlin, plusieurs capitales, notamment au sud de l'Europe, expriment quelque agacement à voir refleurir une sorte de "directoire", non plus franco-allemand, mais à trois. "Nous ne pouvons accepter les initiatives qui mettent les uns ou les autres le dos au mur", a averti le ministre italien des affaires étrangères, Franco Frattini. "Il n'est pas bon que quelques voix fassent taire toutes les autres, dont celle de l'Espagne", a estimé de son côté la ministre espagnole Ana Palacio, qui avait dénoncé avec virulence en 2003, lors de la célébration du 40e anniversaire du traité franco-allemand, la volonté d'hégémonie de Paris et de Berlin.

L'idée d'un leadership franco-germano-britannique en Europe n'est pas nouvelle. Elle avait pris corps après l'arrivée de Tony Blair aux commandes en Grande-Bretagne, le leader travailliste revendiquant ouvertement, après les années Thatcher, un retour de son pays sur la scène européenne pour y exercer son influence. M. Blair n'a pas été en mesure de tirer suffisamment son pays derrière lui pour le convaincre de rejoindre la zone euro. Il a cependant avancé sur d'autres sujets européens, notamment en relançant avec Paris, dès décembre 1998, l'idée d'une véritable défense européenne.

C'est à nouveau à propos de la défense que les "trois grands" Européens ont manifesté ces derniers mois leur volonté de tourner la page de la crise irakienne. Le 20 septembre 2003, le sommet surprise qui les a réunis, à Berlin déjà, avait esquissé un compromis sur la création d'un état-major européen autonome au sein de l'OTAN.

Ce compromis, finalement acepté par Washington, a été la base de l'accord intervenu au sommet de Bruxelles en décembre sur la future politique de défense de l'Union à 25. Il permet d'envisager de nouveaux développements à la fois en matière de projection de forces, mais aussi de coopération dans le domaine de l'armement. L'Allemagne vient de se joindre à Paris et Londres pour mettre sur pied des corps d'intervention de 1 500 hommes prêts à être déployés pour tenter d'empêcher des crises de dégénérer, comme cela a été fait en 2003 dans la province de l'Ituri en République démocratique du Congo.

UN SOUFFLE D'AIR

Cette entente à trois a aussi débouché sur la création d'une agence d'armement, qui doit permettre à l'Europe de mettre en commun son potentiel industriel. Symbole de cette avancée : la décision de la France et de la Grande-Bretagne de coopérer pour la construction de leurs nouveaux porte-avions. Des discussions sont également en cours dans le domaine des sous-marins, où le potentiel allemand est important.

Paris et Berlin avaient dû constater pendant la crise irakienne que, dans la nouvelle Europe élargie, ils ne pourraient plus à eux seuls être le moteur de l'Union. La main tendue de Tony Blair est donc pour eux bienvenue. M. Blair a donné des gages de sa fidélité aux Etats-Unis, et sa présence devrait rassurer les pays membres les plus atlantistes sur les objectifs de la rencontre de Berlin, notamment les Polonais et les Espagnols. On en espère du coup, dans les milieux européens, une décrispation qui facilite le déblocage des négociations sur la Constitution.

De même que le couple franco-allemand a été utile dans la "vieille Europe" pour cristalliser les problèmes et dégager les compromis, un trio pourrait avoir une précieuse fonction de défrichage. En Allemagne, la droite, qui a soutenu le camp atlantiste pendant la crise irakienne contre le gouvernement Schröder, milite aujourd'hui pour qu'une place soit offerte aussi à la Pologne dans ce cercle restreint.

M. Schröder, qui s'est largement inspiré du programme travailliste pour ses propres propositions de réforme en Allemagne, peut espérer, pour sa part, trouver dans ce nouveau forum un souffle d'air dans la phase difficile qu'il traverse. Une part importante des discussions de Berlin doit être consacrée à la relance de la croissance en Europe, aux réformes, à une politique industrielle commune et peut-être à une redéfinition des postes au sein de la Commission.

Il est peu probable que soient formulées de nouvelles propositions sur la Constitution européenne, pour désarmer l'opposition de l'Espagne et de la Pologne au projet qui est sur la table. Ce projet, élaboré par la Convention, est largement le résultat des compromis auxquels les trois étaient parvenus. La France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne sont loin d'avoir sur tout des points de vue identiques, mais sur cette question ils semblent décidés à attendre que le mouvement vienne d'abord de Madrid et de Varsovie.

Henri de Bresson

Posted by Francis Pisani at February 17, 2004 10:03 AM
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