January 27, 2004

The "Very Great Alliance" between China and the US

China and the US, "the Empires of the XXIst century" have a "very great alliance" according to which the US buys products made in China, while China keeps the yuan low. This contributes to US growth and allows a low dollar while China industrializes.

Europe's, and Japan's export suffer from this situation. It takes away growth and jobs from their economies. But the US say that with 8% growth in China and 4% in the US it's important to keep the two engines of the worlds economy at full speed.

According to the author "while the midjets further divide, the giants unite."

The coming G7 meeting should be interesting.

Le Monde - La très grande alliance entre les Etats-Unis et la Chine contre le reste du monde

La très grande alliance entre les Etats-Unis et la Chine contre le reste du monde
par Eric Le Boucher
LE MONDE | 24.01.04 | 15h39 • MIS A JOUR LE 24.01.04 | 17h31
Les Chinois s'apprêtent à engranger une nouvelle année de croissance à 8 %. Les Américains ont trouvé la stratégie pour réatteindre les 4 % annuels, comme dans la seconde partie des années 1990, sous Clinton.
"Vous m'achetez mes produits", dit la Chine. "Oui, mais vous me financez", répliquent les Etats-Unis. C'est la TGA, la très grande alliance, des deux empires du XXIe siècle. L'accord explicite entre 1 milliard 300 millions d'individus qui se ruent vers les usines de la côte chinoise pour sortir de la misère agricole et les 280 millions les plus riches de la planète qui veulent continuer à consommer comme des fous.

Un jour, cela changera. Dans vingt ans, dans trente ans, les premiers en voudront à mort aux seconds de n'être que leurs ouvriers. Mais, pour l'heure, l'agriculteur loqueteux est content de fuir les rizières façon Mao, et le consommateur américain est ravi de changer de chemise, de téléviseur et, demain, de voiture pour pas cher. Top là pour la TGA !

NAINS EUROPÉENS

L'euphorie des signataires éclatait à Davos, au Forum économique mondial. Les Chinois s'apprêtent à engranger une nouvelle année de croissance à 8 %. Les Américains ont trouvé la stratégie pour réatteindre les 4 % annuels, comme dans la seconde partie des années 1990, sous Clinton. Chine et Amérique mènent le monde, fort d'une TGA qui, selon la banque Morgan Stanley, n'est pas "circonstancielle mais stratégique", "qui durera longtemps" et qui constitue "une zone économique commune de facto couplée à une union monétaire". Bref, tandis que les nains européens se divisent, les géants s'associent très étroitement... S'associent contre eux. Ou, sinon "contre" eux, en tout cas égoïstement, suivant leurs seuls intérêts liés, écrasant au besoin ceux des vieux pays d'Europe et ceux du Japon.

Reprenons. L'Amérique, après l'éclatement de la bulle en 2000, est tombée en récession. Pour relancer la machine, les autorités n'ont pas mégoté : baisses massives des impôts par George W. Bush, baisse massive des taux d'intérêt par Alan Greenspan, patron de la Réserve fédérale (Fed). Dopée aux stéroïdes, la croissance est repartie. Cette stratégie a des conséquences qui, selon certains économistes, menacent la durabilité du rebond. En gros, leur critique consiste à dire que ce sont les étrangers qui financent cette reprise et que cela ne peut durer.

Les comptes du budget fédéral sont passés d'un excédent de 3 % à un déficit de 4 %, même Chirac est battu ! Il faut financer ce trou. Or, parallèlement, la soif du consommateur américain a provoqué un afflux d'importations. Les firmes américaines se sont elles-mêmes délocalisées pour réimporter leurs produits à prix réduit. D'où un deuxième déficit, celui des comptes courants, qui ne date pas de Bush mais qui s'est creusé jusqu'à 5 % du PIB.

Ce trou-là signifie que les pays exportateurs aux Etats-Unis accumulent des montagnes de dollars. Et qui dit abondance dit baisse de prix : d'où le recul de la monnaie américaine. Si le dollar baisse, les bons du Trésor nécessaires au financement budgétaire vont trouver de moins en moins d'acheteurs. Sauf à en monter les taux, ce qui pourrait étouffer la reprise.

LES DEUX DÉFICITS

Il était frappant à Davos de voir que la majorité des américains, industriels, banquiers, y compris les économistes, repoussent ce scénario noir qui est, au contraire, adopté par une majorité des européens présents. les américains croient à un scénario rose du règlement en douceur des deux déficits "jumeaux", budgétaire et commercial. L'arme en est la baisse du dollar. Son recul va favoriser les exportations américaines, contrebalançant les importations et réduisant ainsi le déficit courant.

Quant au trou budgétaire, pas de panique. Il se trouve que ce sont les Asiatiques qui le financent pour presque la moitié : la banque centrale du Japon achète des bons du Trésor américains, par tonnes, pour éviter que le yen ne monte (trop) ; la banque centrale de Chine, aux ordres du gouvernement, acquiert ces mêmes bons du Trésor dans le cadre que l'on sait, celui de la TGA, qui permet à Pékin d'ouvrir chaque jour de nouvelles usines de biens exportables aux Etats-Unis.

La baisse du dollar revient à prendre de la croissance et des emplois chez les autres. Chez qui ? Le 20 septembre 2003, lors de la réunion du G7, Américains et Européens s'étaient entendus pour que les Asiatiques, gros exportateurs vers les Etats-Unis, acceptent de réévaluer leur monnaie et de prendre donc une part du fardeau. Les Européens, qui venaient de voir l'euro gagner 20 % sur le dollar, trouvaient qu'ils faisaient seuls les frais du rééquilibrage américain. Le Japon a refusé, il achète au contraire des dollars sur le marché des changes, comme on l'a vu.

UN G7 SANGLANT EN FÉVRIER

La Chine aussi a refusé. Pour ne pas avoir de souci monétaire, elle a collé sa monnaie sur le cours du dollar, s'incluant dans une union monétaire de facto avec l'Amérique, son premier client, contre lequel elle ne veut pas de perte de compétitivité. Pour l'instant, elle estime qu'il n'est pas dans son intérêt de se décoller du dollar. Autrement dit, les Européens risquent de continuer à payer la facture. La prochaine réunion du G7, le 7 février, risque d'être sanglante.

Comment mieux équilibrer les efforts mondiaux ? Européens et Japonais ne trouvent pas logique de voir que ce sont eux, pays à faible croissance, qui voient leurs monnaies réévaluées. "Ils ont raison", soulignait à Davos Jean-Philippe Cotis, économiste en chef de l'OCDE, qui réclame, côté chinois, une réévaluation du yuan et, côté américain, "des mesures rapides et fortes de réduction du déficit budgétaire".

Pourtant, les Américains ont un argument de poids à faire valoir. En substance : "Nous sommes, avec la Chine, les seules locomotives mondiales. Les reprises, chez vous, n'ont pas de ressort interne ; elles viennent de chez nous, de nos importations. Alors, pourquoi vouloir ralentir les locomotives ? Tout le monde y perdra."

Nous sommes prévenus : Amérique et Chine ne céderont rien. Le seul espoir pour les Européens qui veulent arrêter la destructrice chute du dollar viendra des Etats-Unis eux-mêmes. Quarante députés républicains se plaignent des déficits de Bush, qui commencent à inquiéter les électeurs américains.

Eric Le Boucher

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 25.01.04

Posted by Francis Pisani at January 27, 2004 10:04 AM
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